Absence de l'Etat ou Inconscience du Peuple ? - Poser la question, c'est y répondre !
14 janv. 2020Non, on n'a pas besoin d'aller plus loin que notre rond-point Ngaba, en pleine ville de Kinshasa, non loin de l’UNIKIN, pour avoir quelques éléments de réponse. Un seul tour de ce rond-point suffit pour se faire une idée claire là-dessus. Pour en savoir davantage, il faut longer l’avenue by-pass jusqu'à la 7ème rue à Limeté, en passant par le boulevard Lumumba. Un itinéraire alternatif emprunterait l'avenue de l'université en passant par le rond-point Yolo médical.
Veni, vidi (je suis venu, j'ai vu). Il est 11h07 quand j'arrive au rond-point Ngaba. Onze minutes et sept secondes, ont suffi pour voir, de mes propres yeux comment l'absence de l’État et l'inconscience du peuple s’entremêlent, s'entraident et se rentrent dedans sans s’entremanger. On dirait des bons vieux loups et copains. Que le loup-État absentéiste et le loup-peuple inconscient ne s’entremangent pas, ça passe encore, mais que l'homme congolais lui, soit un loup pour l'homme congolais (homo homini lupus), il y a lieu de s'inquiéter, d'autant plus que cette bêtise humaine affecte les secteurs vitaux de la vie nationale, à savoir, urbanisme et aménagement du territoire, santé publique et environnement, transport, routes et autres infrastructures, etc.
Urbanisme et aménagement du territoire
Le rond-point Ngaba abrite une station-service, laquelle est squattée par des taxis, des cireurs de chaussures, des petits vendeurs de biscuits la journée et des vendeurs de fruits et pains la nuit. Il faut y ajouter les nombreux badauds et autres flâneurs. Dans les alentours, la grande partie de la chaussée sert de parking (de fortune) pour taxis-motos, taxis-voitures, taxis-bus et bus. Quant aux trottoirs, ils sont envahis par des flaques d'eau, des immondices, mais aussi par des échangeurs de devises et de petites coupures de monnaie, des vendeurs des accessoires téléphoniques et de musique, ainsi que des vendeurs à la sauvette et à la criée.
Si By-pass, cette grande voie routière qui va du rond-point Ngaba à l'échangeur de Limeté a vu ses trottoirs spoliés et annexés par ses riverains, c’est avec la complicité des fonctionnaires véreux de l’État. De l’autre côté, le tronçon de l'avenue de l'université, qui va du même rond-point vers Yolo Médical a vu ses trottoirs et tous ses espaces libres squattés par des vendeurs, des réparateurs des pneus (quados) et des garages de fortune.
Encore une fois, avec la complicité des mêmes fonctionnaires véreux de l’État.
Santé publique et environnement
Faute d'espace suffisant, le trop plein du wenze environnant s'est déversé tout autour du rond-point, et aux abords des avenues de l'Université et By- pass, vendant et exposant viande fraîche, poisson fumé, fruits et légumes, etc. Le tout à ciel ouvert, à même le sol et exposé à la boue, aux flaques d'eau et à la merci du vent, de la poussière, des mouches et des postillons (crachats et déjections) de tous les riverains.
Transport, route et circulation des personnes et de leurs biens
- Transport : pour avoir abandonné le transport en commun entre les mains des privés, l’État s'est non seulement privé de quelques recettes, mais il a également causé d'innombrables préjudices à son peuple.
A part les taxi-bus appelés "Esprit de vie" qui ont un certain confort, le reste des moyens de transport en commun (taxis-bus "esprit de mort" et ketches....) ne sont que des assemblages des vieilles pièces des véhicules des différentes marques, à la manière des pièces d'un puzzle. Ajoutons que les conducteurs n’ont pas tous des cartes d’identité comme les véhicules n’ont pas de pièces d'identification (carte rose); ils peuvent ainsi échapper à tout contrôle technique (qui n'existe d'ailleurs que de nom).
Concernant les taxis, ça n'existe que de nom dans la mesure où ils n'amènent pas les clients jusqu'à destination. Ils s'arrêtent aussi aux mêmes parkings anarchiques et encombrants comme les taxi-bus et les taxi-motos.
Quant aux taxi-motos, ce dernier né du transport en commun s'avère être le moyen le plus rapide et le plus propre mais aussi le plus dangereux. Leurs conducteurs, ces "wewa", ces "cascadeurs" sont majoritairement des jeunes gens qui ne connaissent pas la loi. Ils sont incontrôlables, manipulables et politisés.
Les chauffeurs et leurs "receveurs" eux, l’écolage auto, les codes de la route, le respect des clients et des autres usagers de la route, ils ne connaissent pas. Ce qu'ils connaissent le mieux, c'est de jouer au chat et à la souris avec "les agents de l'ordre" ou de leur glisser les 500 et les 1000 fc entre les mains quand ils sont coincés aux carrefours ou aux feux rouges. Ce n'est du tout pas exagéré de dire que c'est une catégorie de gens à la langue très facile pour les injures.
- Routes étroites, très peu et très mal asphaltées et presque sans signalisations, on ne devrait pas être surpris de les voir disparaître après la 1ère pluie.
- Circulation des personnes : se déplacer à Kinshasa, c'est plus qu'un parcours de combattant. Celui qui habite à Righini et qui veut se rendre à Gombé le matin doit être sûr de se réveiller trop tôt matin, d'être habillé en noir et non en blanc. Il est obligé de jouer les coudes, de donner des coups de rein et de marcher sur les pieds des autres s'il tient à prendre place à bord d'un taxi ou d'un taxi-bus. À bord, il doit faire face à la chaleur, apprêter ses papiers mouchoirs, vérifier si ses habits ne se sont pas déchirés quand il cherchait un siège, si son porte-monnaie n'a pas été chipé pendant qu'il donnait des coups de rein. Il doit aussi boucher les oreilles pour ne pas entendre les gros mots des receveurs. Il doit prier pour que le véhicule ne tombe pas en panne ou pour que le chauffeur libère vite les agents de l'ordre véreux ou encore qu’il n'écourte pas la distance du trajet ; cela s’appelle faire du demi-terrain.

Parce que chacun de nous a son rond-point Ngaba où il vit, disons que : abandonner le transport en commun entre les mains des individus inconscients, donner des autorisations de circulation et de transport des personnes et de leurs biens aux amas de ferrailles que sont ces vieux taxis-bus appelés à raison "Esprit de mort", laisser des individus occuper anarchiquement et illégalement des espaces publics où ils vendent de la viande et des légumes à même le sol, à la merci de la boue et des flaques d'eau sale, et laisser les agents de circulation et leurs complices de l'association des chauffeurs du Congo "Acco" rançonner les chauffeurs sans réagir, tout ça s'appelle être absent où on est sensé être. Cela signifie que l’on ne s’occupe pas de rééduquer son inconscient de peuple.
Pour tout cela, dites à Fatshi que la carotte (cette démocratie lointaine et luxueuse) de son jardin potager, vieux d'un an seulement, ne fera pas marcher l’inconscient congolais. Il faut toujours associer la carotte au bâton dans notre jungle politique, vieille de 50 ans (32 + 18). Sinon c'est la carotte, ainsi que lui-même Fatshi qui seront condamnés à la potence, bastonnés et bouffés dans leur propre potager.
Kâmona, Kûmvua, Kâmba, Tshiondo wa Mbîsha Balâla


